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mardi 6 décembre 2011

La pensée atonienne

Infinie, la littérature actuelle sur Akhénaton compte plus de deux mille titres. Rien d'étonnant, par conséquent, à ce que les avis divergent.

On lira ainsi qu'Akhénaton fut un génie, un mystique, un fou, un fanatique religieux ; ou bien que sa réforme religieuse fut une hérésie, une révolution monothéiste, un rêve insensé de mégalomane ou une merveilleuse tentative d'un idéaliste au coeur pur ; qu'il fut un grand innovateur ou qu'il n'inventa absolument rien. Pour se retrouver dans cet univers chaotique, il conviendra donc de s'en tenir au caractère concret des preuves archéologiques, en limitant les interprétations et en suivant toujours une règle d'or : chaque donnée doit être analysée, observée, «envisagée» du point de vue de la culture égyptienne, et non pas de celle d'aujourd'hui. Quel que soit le jugement que l'on porte sur ses choix, Akhénaton n'en fut pas moins un génie. On dispose à ce propos de preuves archéologiques évidentes : temples aux schémas foncièrement nouveaux ; invention des talatates, qui permirent d'accélérer la vitesse de construction ; création du relief dans le creux, conçu pour être mis en valeur par la lumière du soleil ; nouveaux critères artistiques, qui révolutionnèrent l'iconographie. Toutes ces innovations sont réellement issues de l'esprit du roi.

AtonS'agissant de sa pensée religieuse, Akhénaton n'a jamais déclaré être le fondateur d'une nouvelle religion : né bien avant lui, le culte d'Aton était parfaitement intégré dans la culture égyptienne. Le pharaon en fit le pivot de son oeuvre et élabora la théologie correspondante. II transforma Aton en un dieu unique qui se distinguait des anciennes divinités : l'Aton était le disque solaire, manifestation visible et concrète de ce que l'on peut appeler l'«Énergie universelle» - qu'il ne nomme jamais -, une énergie mystérieuse et inaccessible pour l'esprit humain. À la différence des souverains du passé, il n'est donc plus roi-dieu, mais fils et prêtre (hem-néter, «serviteur divin») d'Aton, même si une osmose entre les deux figures s'opérera au fil du temps. Les pensées théologiques, que l'on se contentera d'esquisser ici, demeuraient cependant étrangères au peuple : la théologie d'Akhénaton s'adressait à lui-même, libre penseur guidé par ses idées et par son rêve ; et avec lui, les membres de sa famille et la cour, inclus dans ce bienfaisant monde d'amour si parfaitement décrit par l'Hymne à Aton (qui reprend toutefois des éléments du passé).

La suppression du nom d'Amon et la fermeture des temples ne résultèrent pas du fanatisme religieux du pharaon ou de sa volonté d'imposer la foi atonienne, mais constituèrent la conséquence logique de sa pensée philosophique : Aton incarnant l'unique force créatrice et motrice, les autres temples divins s'avéraient dès lors inutiles. À cela viennent s'ajouter des raisons pratiques et politiques. Dans le concept entièrement solaire de la philosophie atonienne, où il n'y avait de place ni pour la mort, ni pour l'obscurité, tout était vie concrète et réalité. Ce mode de pensée se manifeste par l'art amarnien et par l'emploi, dans les textes, de la langue parlée au lieu de la langue littéraire. Un autre principe domina la pensée d'Akhénaton : Maât, la Vérité-Justice, l'ordre cosmique, une notion déjà présente auparavant, mais développée alors à l'extrême en tant que fruit de l'essence d'Aton.

Après la mort du pharaon, et encore plus au cours de la dynastie suivante, on voulut effacer la moindre trace de celui qui avait abandonné les canons sacrés et les dieux du passé. Mais la très grande liberté dont jouirent les artistes, les scribes et les architectes a permis à la Période Amarnienne de survivre.

lundi 5 décembre 2011

Néfertari

Néfertari Les origines familiales de cette reine sont inconnues. Elle est la «Grande Épouse Royale» et l'épouse principale de Ramsès II. Avec Tiyi et Ahmès-Néfertari, elle est l'une des rares reines divinisées de son vivant. Elle joue un rôle de premier plan aux côtés de son époux, comme le démontrent de nombreuses représentations à proximité des statues royales et, surtout, le petit temple d'Abou Simbel, qui est dédié à la reine, identifiée à Hathor. Sa superbe tombé de la Vallée des Reines (QV 66) est une autre des raisons pour lesquelles Néfertari est restée célèbre jusqu'à nos jours.

Découverte en 1904 par Ernesto Schiaparelli, la tombe possède des fresques qui représentent le voyage de la noble défunte dans l'au-delà. Les scènes, qui s'inspirent du Livre des Morts, sont disposées de façon à retracer le parcours de l'âme de la reine. Après avoir descendu les escaliers et être parvenue dans la «salle d'or» (la salle du sarcophage), l'âme entre dans le royaume d'Osiris, où s'accomplit sa gestation. Ensuite elle subit les transformations de la transfiguration dans l'antichambre. C'est dans la petite salle annexe qu'est célébré le triomphe de la défunte qui, désormais, est prête à «sortir au jour», c'est-à-dire à ressusciter. Les magnifiques peintures murales étaient menacées par l'humidité et l'infiltration de sels qui faisaient disparaitre les enduits. Une première intervention, provisoire, a été effectuée en 1986 par l'Egyptian Antiquities Organization (E.A.O.) et par le Getty Conservation Institute, et a permis de sauver les parties les plus fragilisées (20% de la surface). Les travaux définitifs ont été menés à bien entre 1988 et 1994 par une équipe multidisciplinaire de l'E.A.O. et des archéologues italiens placés sous la direction de Paolo et Loura Mora.

Néfertiti

NéfertitiÉpouse d'Akhénaton avant que celui-ci ne devienne roi, elle est célèbre surtout pour sa beauté, immortalisée dans les splendides bustes du Caire et de Berlin, oeuvres du sculpteur Djéhoutymès. 0n ne sait pas grandchose de ses origines. On pense que sa nourrice et préceptrice Tiye ainsi que son époux Ay (qui, ensuite, devint pharaon) furent, en fait, ses parents. La chose n'est pas tout à fait sûre, mais elle est possible. D'ailleurs, en Égypte ancienne, il était fréquent que les parents des personnages royaux dont l'origine était éloignée de la famille régnante n'évoquent pas la parenté. L'essence divine était transmise à l'épouse royale et transgressait les liens du sang. À sa naissance, Néfertiti portait un autre nom que nous ignorons. Quant à l'hypothèse selon laquelle Néfertiti était une princesse du Mitanni, elle semble, aujourd'hui, définitivement abandonnée. Elle fut, en fait, la souveraine le plus souvent placée sur le même plan que le pharaon.

On estime qu'elle exerça une influence considérable afin d'encourager le culte d'Aton et la philosophie atonienne de son mari. Elle est en effet représentée sur les monuments aux côtés de son époux à l'occasion de toutes les cérémonies officielles. Une représentation la dépeint - chose exceptionnelle - en train de massacrer des ennemis, dans une iconographie généralement réservée au souverain. À Karnak, une allée bordée de sphinx faisait se succéder la tête du roi et celle de Néfertiti. Les scènes de sa vie privée sont, elles aussi, exceptionnelles et sont caractéristiques de l'art amarnien. Différents aspects de sa vie à la cour sont représentés : sur un char aux côtés de son époux qui l'embrasse affectueusement, à la «fenêtre des apparitions», en train de se montrer à la foule et de récompenser les méritants, ou encore dans son intimité, en compagnie du mari et de ses filles, ou lors d'un repas avec Tiye, sa belle-mère.

La reine donna sept filles à Akhénaton. L'hypothèse selon laquelle les deux dernières étaient celles d'un amant (peut-être le sculpteur royal Djéhoutymès) n'est pas impossible, mais relève plutôt du domaine des «archéo-commérages». La reine fut un personnage influent et de premier plan jusqu'à l'an XII du règne, date à laquelle elle disparut de la scène publique. Les nombreux objets portant le nom de Néfertiti retrouvés dans le «Palais Nord» (en réalité, il s'agissait probablement de l'opet royal) font penser à un retrait de la vie publique pour des raisons privées, comme les morts successives de certaines de ses filles. L'incertitude plane aussi en ce qui concerne sa sépulture : on sait que la tombe de la reine était une aile de celle du roi, dans le fameux «Wadi Royal» d'Amarna, mais on ne sait pas si la reine y reposa, car la tombe fut retrouvée saccagée. Cependant, l'hypothèse la plus plausible est celle selon laquelle Akhenaton reposait à Amarna et qu'à la mort de Néfertiti, son corps fut disposé à côté de celui de son époux. On ignore également si les dépouilles ont été détruites lors de la profanation ou si elles ont été transférées à Thèbes lorsque Amarna fut abandonnée.

Hatschepsout

HatschepsoutRares furent les femmes de la famille royale qui devinrent pharaon mais Hatschepsout, fille de Thoutmosis I" et première épouse de son demi-frère Thoutmosis II, fut l'une de ces figures exceptionnelles. Elle donna une fille à Thoutmosis II mais pas de fils ; aussi, Thoutmosis II étant mort jeune, le titre de roi passa-t-il au fils d'une de ses épouses secondaires. Celui-ci, Thoutmosis III, n'était pas en âge gouverner seul et Hatschepsout devint donc régente. Entre la deuxième et la septième année du règne, Hatschepsout monta sur le trône et se para des attributs masculins de la royauté. Ses premiers portraits la montrent encore en habits féminins mais elle paraît ensuite dans le costume traditionnel du pharaon. Afin de légitimer ses prétentions, elle fit graver des inscriptions proclamant sa naissance divine et affirmant que son père l'avait nommée héritière de son vivant.

Hatschepsout ne remplaça cependant pas Thoutmosis III, qui régna à ses côtés. Ce fut un temps de prospérité pour l'Égypte, et Hatschepsout commanda de nombreuses constructions ; elle organisa également d'importantes expéditions commerciales et des campagnes militaires. Après vingt-deux ans de règne partagé, Thoutmosis se retrouva seul sur le trône, vraisemblablement par la mort d'Hatschepsout. Beaucoup plus tard - son règne dura cinquante quatre ans-, Thoutmosis entreprit de faire mutiler les monuments d'Hatschepsout, apparemment pour effacer toute trace de sa royauté. On a pu penser que la seule motivation de Thoutmosis était la haine mais une autre raison est possible : pour la plupart des Égyptiens, qu'une femme devînt pharaon était contraire à l'ordre naturel. Voyant approcher sa fin, Thoutmosis a pu vouloir, en effaçant la mémoire du pharaon Hatschepsout, empêcher qu'une autre reine n'accède au trône. Hypothèse que corroborerait le fait que son nom et son image n'ont pas été martelés sur les monuments qui représentent Hatschepsout en simple épouse royale.

Séthi Ier

Probablement associé au pouvoir dès l'accession au trône de son père, Ramsès Ier. Ce dernier est déjà âgé lorsque débute son règne alors que Séthi est un homme mûr, marié et père de Ramsès II. Son règne est assez court - il dure entre douze et quinze ans - mais il marque de son empreinte l'Époque Ramesside. En politique intérieure, le pharaon poursuit l'oeuvre de restauration des structures de l'État et des temples ; assure la reconstruction du temple d'Héliopolis et commence à faire édifier la Grande Salle hypostyle de Karnak et son temple funéraire à Gournah (Thèbes Ouest).

Séthi 1erParmi ses oeuvres majeures, il faut distinguer son temple funéraire à Abydos et sa tombe. Il a, en outre, fait rouvrir et inauguré plusieurs mines dans le Désert Oriental et recherché de nouvelles pistes pourvues de puits et de citernes (Wadi Miya, Wadi Abbad, Wadi Allaqi). Séthi renforce les liens avec le Delta - région dont sa famille est sans doute originaire -, choisissant Memphis comme lieu de résidence privilégié (symbole d'un retour aux origines de l'histoire pharaonique) et fait construire un palais à Tell el-Daba, site de l'antique Avaris. Il laisse également sa marque en politique extérieure : la Nubie est restée égyptienne, mais le pharaon souligne sa présence au cours d'une campagne contre Irem (pendant la huitième année de son règne), par des restaurations ou des créations d'édifices ainsi que par des stèles. Il fait ajouter une salle hypostyle au lointain temple de Napata, au pied du Gebel Barkal ; l'empreinte du roi apparaît pareillement à Bouhen, Aksha, Kouban et Philae. Lors de cette campagne qui le mène à Irem, Séthi Ier est appuyé par Amenemipet, le vice-roi de Koush, délégué royal et administrateur de la Nubie.

Mais Séthi Ier concentre son attention sur l'Asie ; parmi ses activités pacifiques, il faut souligner l'exploitation des mines du Sinaï et l'ouverture des lointaines mines de cuivre d'Atika, l'actuelle Timna en Israël. Sur le plan militaire, le pharaon mène plusieurs campagnes asiatiques qu'il fait représenter sur la paroi externe du mur Nord de la Grande Salle hypostyle de Karnak. En quatre campagnes, il s'avance au-delà de Qadesh en Syrie et reconquiert le Levant. Il fait d'abord campagne contre les Bédouins à l'Est du Delta et renforce le Chemin d'Horus constitué de forts et de puits. Durant ces campagnes, Séthi Ier combat surtout les Amorites, les Tjéhénou et les incursions hittites au Retenou. En raison du déclin de Mitanni face à l'ascension du royaume hittite du Hatti, Séthi Ier repousse les limites de la zone d'influence au-delà du fleuve Litani. L'Amourrou, la Syrie et les cités cô- tières phéniciennes sont désormais une zone d'affrontement entre la puissance hittite et le royaume d'Égypte.

À sa mort, il laisse un pays fort à la tête d'un empire digne des premiers pharaons de la XVIIIe dynastie. Le roi est enterré dans la somptueuse tombe qu'il a fait préparer dans la Vallée des Rois ; la tombe (KV 17) mise au jour par Belzoni en 1817 reste l'une des plus belles. Son décor pariétal aux couleurs vives et au style encore imprégné de la fraîcheur de l'art amarnien présente aussi une iconographie exhaustive en matière de théologie funéraire, incluant presque tous les livres funéraires. Le corps de Séthi a été transféré dans la cachette de Deir el-Bahari afin d'éviter les pillages de la XXIe dynastie, et c'est l'une des plus splendides momies qui nous soient parvenues.

Toutankhamon

ThoutankhamonLa découverte de sa tombe, pleine de trésors fabuleux, a fait de ce roi l'une des figures les plus célèbres de l'ancienne Égypte. Pourtant, il fut un pharaon de second plan, et malgré la richesse du matériel funéraire, sa vie, globalement, demeure assez mystérieuse. Il fut cependant le premier pharaon apparu avec une certaine clarté après la période de confusion qui suivit le décès d'Akhenaton.

À partir de son règne, l'histoire égyptienne est plus claire. Les origines de Toutankhamon sont restées longtemps mystérieuses. Des découvertes récentes laissent penser qu'il est le fils d'Aménophis IV / Akhénaton. On sait qu'à sa naissance il fut appelé Toutankhaton («Image vivante d'Aton »), mais que le nom fut transformé en Toutankhamon à l'époque, peut-être, de son couronnement. Ankhesenamon, fille d'Akhénaton et demi-soeur de Toutankhamon, devint son épouse avant qu'il n'accède au trône.

Il poursuivit la restauration entreprise par Néfernéferouaton et vers l'an X de son règne, les temples retrouvèrent leur splendeur. Plusieurs statues divines qui avaient été détruites furent recréées. Ainsi, on peut encore admirer des statues de dieux dotées du superbe visage de Toutankhamon. Les autres constructions de son règne qui ont subsisté jusqu'à nos jours sont assez rares quelques oeuvres à Karnak, mais surtout à Louxor, où il fit exécuter la splendide décoration de la colonnade du temple d'Amenhotep III, dont les parois furent recouvertes de scènes représentant la fête d'Opet. En Nubie, il y avait un temple à Paras. Un autre fut construit à Kawa.

Le souverain mourut entre dix-huit et vingt ans, peut-être assassiné, ce que laisserait entendre les blessures relevées sur sa momie. La mort inattendue du jeune roi contraignit les dirigeants à modifier tous les projets. L'absence d'héritier posa des problèmes et Ay, éminence grise du règne de Toutankhamon, finit par prendre le pouvoir.

Aménophis IV / Akhénaton

Aménophis IV / AkhénatonFils d'Aménophis III et de la reine Tiye, c'est l'un des personnages les plus célèbres et les plus controversés de l'égyptologie. On sait avec certitude que le pharaon (sous le nom d'Aménophis IV) commença à régner à Thèbes, où il fit ainsi bâtir divers monuments grâce à la nouvelle et géniale technique des «talatates» (blocs de grès susceptibles d'être portés par un seul homme), qu'il avait lui-même inventée. Les monuments élevés à Karnak furent détruits après la mort du roi. Réutilisés dans d'autres édifices, les fragments ont été mis au jour par les archéologues.

On a aussi trouvé des talatates à Louxor, Médamoud, Tôd et d'autres sites mineurs. Amenhotep IV épousa dès la première année de son règne l'illustre Néfertiti, qui lui donna au moins six filles. On sait que le souverain manifesta une très nette prédilection pour Ra-Harakhty. En l'an 5 de son règne, Amenhotep IV décida de fonder une nouvelle capitale : Akhétaton. En l'an 6, la cour s'y installa et le pharaon remplaça son nom personnel Amenhotep («Amon est satisfait») par celui d'Akhénaton, qui signifie littéralement «L'akh d'Aton» : «Celui qui plaît à Aton», «Agréable à Aton » ou, plus vraisemblablement, «Lumière d'Aton».

Le fameux «art amarnien » naquit en réalité à Thèbes : le pharaon lui-même fut l'inventeur génial des innovations artistiques qui le caractérisent. À Akhétaton, il fit bâtir des monuments solaires et développa le culte d'Aton, dont il se proclama le fils.

On lit souvent qu'après s'être décrété prophète d'Aton, Akhénaton se replia sur soi et se désintéressa du royaume. Ces affirmations ne renferment en fait qu'une part de vérité. Au début, l'Égypte conserva son ancienne puissance, et l'on trouve des signes du programme de construction du roi non seulement dans la capitale, mais également à Héliopolis et en Nubie (Sésébi, Soleb et Gempaaton, devenue aujourd'hui Kawa). Des documents postérieurs (époque de Toutankhamon) relatent en revanche que les temples des autres dieux étaient laissés à l'abandon. On sait par ailleurs que l'armée n'était plus aussi forte, et que l'État égyptien était en proie à la corruption. On en conclut qu'Akhénaton avait négligé ses devoirs politiques. Les immanquables vautours de la société firent le reste, en s'enrichissant aux dépens d'un pays soumis à un conrôle relatif. Cependant l'autorité du pharaon était encore observée en Nubie, et la grande quantité de vaisselle mycénienne retrouvée à Amarna, dans d'autres endroits de l'Égypte et en Haute Nubie, ainsi que de nombreux textes attestent l'existence de liens étroits avec l'Égée. Le souverain était respecté même en Asie, jusqu'à ce que l'expansion hittite entre directement en contact avec la zone d'influence.

Aménophis III

Aménophis IIIFils de Touthmôsis IV et de Moutémouia. Né à Thèbes, il fut désigné héritier du trône dès l'enfance. Âgé de huit ans à son avènement, il gouverna pendant environ trente-huit années. Il résida à Memphis jusqu'en l'an 29, puis décida brusquement de s'installer à Thèbes.

Le règne d'Amenophis III fut l'un des plus éclatants de l'histoire de l'Égypte dans le domaine artistique. Il marqua l'apogée du raffinement égyptien et posa les fondements du splendide art amarnien, créé par son fils Akhenaton.

On lui doit des monuments que l'on peut encore admirer aujourd'hui : une grande partie du temple de Louxor, avec ses colonnades, les colosses de la partie Sud de Karnak, les colosses dits de Memnon, assis devant son temple funéraire, son vaste palais de Thèbes Ouest, à Malgata, les temples de Soleb et de Sedéinga en Nubie, les décorations murales les plus fines, notamment les reliefs, de la nécropole thébaine. Amenophis, fils de Hapou, était un de ses architectes. Cette période se caractérise entre autres par les grands scarabées commémoratifs.

Hormis deux petites rébellions en Nubie, le règne d'Amenophis III fut pacifique. Du côté asiatique, l'empire demeura fermement entre les mains des Égyptiens, et le développement de la diplomatie, attesté par les «Lettres d'Amarna», accentua considérablement l'influence égyptienne. On accorda davantage de liberté aux principautés asiatiques, mais cela prépara les révoltes qui se produiront durant le règne suivant. Par ailleurs, les Hittites gagnaient du terrain à l'Est, au détriment de l'Égypte. Il existait déjà un culte d'Aton, que le roi privilégia sans pour autant négliger les autres divinités.

Le souverain célébra sa première fête-sed en l'an 34, puis deux autres en l'an 37. Les reliefs et les statues révèlent la forte corpulence du roi, qui était petit et gros, souffrait d'abcès dentaires et ne devait pas jouir d'une très bonne santé. Sa tombe (WV 22) se trouve dans la Vallée de l'Ouest, un bras secondaire de la Vallée des Rois, mais son corps fut transféré et caché peu après l'an 12 ou 13 du règne de Smendès (XXIe dynastie) dans le tombeau de son grand-père, Amenophis II (cachette KV 35). Sa momie, plus petite que celle des pharaons, fut remplie artificiellement pour pallier à l'amaigrissement radical du à une momification.

Aménophis II

Aménophis IIFils de Touthmôsis III, dont il fut le successeur et peut-être le corégent, et de Hatschepsout-Mérytré. Il monta sur le trône à l'âge de dix-huit ans et régna environ vingt-cinq ans.

Le roi ordonna la construction de plusieurs temples en Haute et en Basse Nubie, ainsi que dans diverses localités égyptiennes, mais il reste peu de traces de ces ouvrages : le plus important est le kiosque de fête-sed entre le 91 et le 10, pylônes à Karnak. Son règne fut marqué par de nombreuses révoltes en Asie, que trois campagnes réussirent à réprimer. La Nubie demeura pacifique et c'est de cette époque que date la première mention de Napata. Une tombe thébaine cite une expédition à Pount. Amenophis II est célèbre pour l'image qu'il aima laisser de lui : celle d'un grand champion de l'Égypte, guerrier et sportif, des qualités exaltées par plusieurs inscriptions. Il y avait chez lui un côté brutal et sanguinaire : on est surpris de voir un pharaon ficeler un prisonnier sur le timon de son char. Il fit également pendre et exposer à Thèbes et à Napata les cadavres de sept princes syriens (de Takhsy ou Tikhesy) prisonniers, qu'il avait lui-même tués avec sa massue.

L'absence, rarissime, d'une épouse royale complète ce tableau machiste le souverain se vantait en effet de «mépriser la soif du corps», à savoir l'attrait du sexe. Si l'on sait avec certitude qu'il a eu des enfants, ils sont de mère inconnue, sauf dans le cas de son fils aîné et successeur Touthmôsis IV.

Revêtant apparemment une importance mineure, le règne d'Amenophis II coïncida en réalité avec une mutation de la civilisation égyptienne, notamment dans le réalisme en sculpture et en peinture. De cette période, il nous reste un coffre à canopes en calcite orné de déesses tutélaires aux quatre coins, et des vases à la teinte bleu de cobalt qui sera une caractéristique de la XVIIIe dynastie. C'est au monarque en personne, et non pas aux Hyksos ou aux immigrants asiatiques, que l'on doit l'introduction de cultes de divinités asiatiques telles que Réshef, Hauron et Astarté.

Loret découvrit la tombe d'Amenophis II dans la Vallée des Rois (KV 35) en 1898, avec une partie du mobilier funéraire, la momie du souverain et celles d'autres rois placés là quand la sépulture fut utilisée comme cachette.

Thoutmosis III

Fils de Thoutmosis II et de sa seconde femme dénommée Isis, il accède au trône encore enfant. Son règne peut être subdivisé en trois parties. Durant la première, enfant, il est sous la tutelle de Hatschepsout, qui tient les rênes du pays en tant que pharaon. Pendant la seconde partie, il est adulte et règne aux côtés de celle-ci. Les deux dirigeants ne semblent pas s'opposer et Hatschepsout n'oublie pas de rendre hommage à son neveu sur les monuments. La troisième phase débute le «10, jour du 2e mois de la saison du peret, de la 22e année de règne» du pharaon (et de sa tante, compte tenu du fait qu'ils comptaient ensemble les années de règne), date à laquelle Thoutmosis devient seul souverain.

A partir du moment où le roi commence à régner seul, il s'engage dans des campagnes militaires qui sont la caractéristique de son règne. Ces campagnes sont dignes du grand-père, Thoutmosis I, dont le souverain semble vouloir suivre la trace. En effet, il fait graver des stèles dans les régions les plus éloignées de l'Empire, à côté de celles de l'ancêtre, qu'il utilise comme modèles. Ainsi, on trouve des traces du souverain de la Nubie à l'Asie. Celle-ci est la principale préoccupation de Thoutmosis, qui y conduit quatorze campagnes, la dernière au cours de la 39e année du règne. Les Annales de Karnak décrivent ces campagnes et d'autres documents les complètent (Stèle de Gebel Barkal, de Armant et la Stèle Poétique).

La première campagne est le théâtre de la célèbre bataille de Meggido (aujourd'hui en Israël, remportée par les Égyptiens. Puis, le roi poursuit sa conquête vers le Nord. Dans le cadre de la campagne menée au cours de l'an 8, le roi pousse jusqu'au Liban actuel et l'armée égyptienne est directement confrontée, pour la première fois de son histoire, à celle du Mitanni. L'ennemi fuit, et Thoutmosis le poursuit jusqu'au Grand Fleuve, déjà atteint par Thoutmosis Il, (l'Euphrate, peut-être). Là, Thoutmosis III fait graver des stèles à côté de celles de son grand-père puis va au-delà de cette limite. Il traverse le fleuve et pénètre dans une région où les Égyptiens n'étaient jamais allés. À son retour, il s'offre une mémorable chasse à l'éléphant dont il fait enregistrer le récit sur des documents officiels. La Nubie est toujours sous contrôle égyptien et le roi se rend à Kénissa où il fait graver une stèle identique à celle de son grand-père. Le souverain pousse plus au Sud, dans le pays de Miou, seulement pour l'explorer et profite de l'occasion pour y chasser un rhinocéros.

Thoutmosis IIISous Thoutmosis III et Hatschepsout, l'art fait des pas de géant dans tous les domaines. Les statues du roi, ainsi que les reliefs, sont d'une rare beauté, et son profil caractéristique, magnifiquement rendu par les artistes de la cour, est resté célèbre. Dans le domaine architectonique, il faut souligner que la majeure partie des édifices, pourtant revêtus des cartouches du roi, est due à Hatschepsout, et que les constructions de la troisième phase du règne sont néanmoins inspirées par celles de la reine.

Évoquons à présent les monuments de Karnak : tout d'abord l'Akh-menou (que l'on peut admirer de nos jours), une salle des fêtes grandiose élevée à côté du sanctuaire d'Amon. Parmi toutes les constructions de la cité d'Amon, citons simplement l'édification d'une enceinte supplémentaire, à l'intérieur de celles déjà existantes, l'ajout des 6e et 7e pylônes, le mur qui relie le 8e pylône (d'Hatschepsout) au temple ; l'érection des deux pilastres ornés des emblèmes élégants du Nord et du Sud, ainsi que de cinq obélisques ; le creusement du lac sacré à côté duquel il fait ériger un kiosque. À Thèbes Ouest, le pharaon fait édifier un temple appelé Heneqet-ankh, et modifie à Deir el-Bahari le Kha-Akhet de Hatschepsout, un temple dédié à Amon. Thoutmosis le transforme en temple plus grand, appelé Djoser-Akhet. Le monument s'élève entre la terrasse supérieure du temple d'Hatschepsout et le temple de Mentouhotep. Dans le reste du pays, on trouve son nom d'Héliopolis à Éléphantine. En Nubie, ses constructions sont à Kouban, Oasr Ibrfm, Ellessiya, Bouhen, Semna et Koumma, Saï, Gebel Dosha, Pnoubs, Gebel Barkal, sans parler des nombreuses rénovations et modifications de temples précédents.

Le souverain a plusieurs épouses, parmi lesquelles la Grande Épouse Royale Hatschepsout-Méritré, mère d'Amenhotep II, qui succédera à son père. Thoutmosis est au pouvoir pendant cinquante-quatre ans, mais il règne seul pendant trente trois ans. À sa mort, il est enterré dans la tombe qu'il a fait préparer dans la Vallée des Rois, pour suivre l'exemple d'Hatschepsout. La tombe (KV 34), qui est une des plus élégantes de la vallée, est inachevée. Comme Hatschepsout, le roi souhaita une salle funéraire et un sarcophage en forme de cartouche. Les murs de la salle sont décorés avec les scènes et les inscriptions du Livre de l'Amdouat. La dépouille du roi y fut déposée, mais elle fut transférée dans la cachette de Deir el-Bahari.

Dans la Vallée des Rois, le souverain avait fait préparer deux autres tombes : une pour Thoutmosis I et une autre pour son épouse Hatschepsout-Méritré.

Thoutmosis II

Thoutmosis IIFils de Thoutmosis II et de Moutnéfert, son règne fut bref, - guère plus de trois ans - (les treize années attribuées par les compilateurs de Manéthon sont dues à une erreur). Il fit entreprendre plusieurs projets architecturaux : en Nubie, on trouve des traces de son règne à Napata, Semna et Koumma ; en Égypte, à Éléphantine ainsi qu'à Karnak, où il fit construire la monumentale «Cour des fêtes», devant le 4e pylône. Plusieurs autres monuments portent son nom, mais souvent, il s'agit de constructions d'Hatschepsout que Thoutmosis III fit attribuer à son père. Avec sa seconde femme, Isis, il eut un fils, le futur Thoutmosis III qui, avec Hatschepsout, succéda à son père.

La tombe du roi n'a pas été identifiée avec certitude ; les candidates sont trois : la «WN A», à Bab el-Moullaq (aux pieds du sommet thébain, en ligne droite au Nord-Ouest du Ramesséum) ; la tombe de la Vallée des Rois KV 42 (attribuable à la femme de Thoutmosis III, Hatschepsout-Mérytré) ; et celle de Deir el-Bahari (DB 358). Aujourd'hui, on estime que cette dernière fut la sépulture originale du roi, que sa dépouille fut transférée une première fois, à la fin du Nouvel Empire, dans la tombe d'Amenhotep I, puis, sous la XXIe dynastie, dans la cachette de Deir el-Bahari. Le temple funéraire qui porte son nom, retrouvé près de Médinet Habou, fut en réalité construit par Thoutmosis III, en mémoire de son père.

Thoutmosis 1er

thoutmosis1.jpgSon accès au trône se déroula dans le silence. Son prédécesseur, Amenophis II, mourut jeune, sans héritier, et Thoutmosis ne prétendit jamais être son fils. Le roi mentionna seulement sa mère, une dame nommée Séniséneb, dont le seul titre était celui de mère du roi. Aucun problème particulier ne sembla affecter le début du règne. Thoutmosis Ier fut considéré, tant par ses contemporains que par les générations suivantes, comme un souverain absolument légitime.

Les monuments le représentent en compagnie de la reine mère, la puissante Ahmès-Néfertary, qui dut favoriser l'intronisation pacifique du souverain, lequel combla un vide du pouvoir. Bien que le règne de Thoutmosis ne durât que treize ans, il fut capable d'étendre les frontières de l'Égypte plus que ses prédécesseurs. Dans un premier temps, il s'intéressa à la Nubie et érigea des stèles frontalières à Tombos puis au niveau de la 5e cataracte (Kénissa), qui devint la frontière méridionale de l'Empire. Au Nord, il poussa jusqu'au coeur du Mitanni et posa peut-être ses stèles frontalières au bord de l'Euphrate.

Parmi ses constructions, il convient de citer celles de Karnak, qui sont les plus anciennes conservées sur le site. Il fit élever le 5e pylône, devant lequel il construisit, ensuite, le 4e. L'espace créé entre les deux pylônes est appelé Wadjiyt, et était la salle du couronnement, dédiée également aux célébrations royales. Devant le 4e pylône, on dressa deux obélisques qui furent vraisemblablement les premiers à être placés devant un pylône de temple. À Thèbes Ouest, outre sa tombe, on doit probablement à Thoutmosis la fondation du village de Deir el-Médina. Bien qu'au cours des siècles suivants, on considéra que les fondateurs étaient Amenhotep Ier et Ahmès-Néfertary. Thoutmosis I et Ahmès eurent deux filles, dont la première, Hatshepsout, devint reine puis pharaonne. Sa seconde femme, Moutnéfert, donna naissance à Thoutmosis II, successeur du père.

La sépulture du roi demeure un mystère. La biographie de son architecte Inéni rapporte le creusement d'une tombe destinée au souverain, restée non identifiée. Selon certains, il s'agirait de la tombe KV 20. Pour d'autres, celle-ci est attribuée à Hatshepsout. Dans ce cas, la tombe originale du roi n'a pas encore été découverte et pourrait se trouver dans une région éloignée de la Vallée des Rois. C'est cependant dans la tombe KV20 que la dépouille du roi fut déposée pendant quelque temps. La tombe KV 38, attribuée à Thoutmosis I, est probablement due à Thoutmosis III, qui voulut y transférer le grand-père, loin d'Hatshepsout. Le corps du roi n'a pas été identifié avec certitude, mais il doit s'agir de l'un de ceux qui ont été retrouvés dans la cachette de Deir el-Bahari. Un culte posthume fut voué à Thoutmosis I.

Aménophis 1er

Aménophis 1erIl "innaugura" la Vallée des Rois.

Fils du roi Ahmôsis et de la reine Ahmès-Néfertari, il accéda au trône avant l'âge de dix ans. Ceci expliquerait tant son inaction au début de son règne que l'importance de la reine mère, personnage de premier plan qui fut même divinisé. La situation politique intérieure et extérieure est stable quand Amenophis II arrive au pouvoir. C'est probablement la raison pour laquelle on ne possède pas beaucoup de documents historiques concernant son règne.

En l'an 8, il dirigea une expédition en Nubie qu'il pacifia et où il érigea un temple sur l'île de Saï. Il livra également combat aux Libyens révoltés, mais on ne relève aucun signe d'une quelconque action en Asie, une région qui demeura pacifique tout au long de son règne. Amenophis fit rouvrir les mines du Sinaï, en permettant aux Égyptiens d'y retourner après plusieurs siècles (depuis la XIIe dynastie), et fit ajouter de nouvelles parties au temple de Sérabit el-Khadïm. En Égypte, on rouvrit les carrières d'albâtre de Bosra et on inaugura les grandes carrières de Gebel el-Silsila. Des traces de son activité architecturale sont visibles d'Éléphantine jusqu'à Abydos. Le souverain construisit tout spécialement à Karnak, mais ses édifices furent ensuite entièrement démolis par Amenophis III, qui réutilisa les blocs dans le 3e pylône du temple où on les a retrouvés. Ces blocs ont permis de reconstituer la chapelle d'albâtre. Ses travaux dans le temple de Karnak datent sûrement de la fin du règne, car les parois extérieures ont été décorées par Touthmôsis Ier. Après les ajouts d'Amenophis Ier, le superbe monument s'arrêtait au 6e pylône.

Amenophis Ier n'eut pas de descendants, et bien que différents textes modernes affirment le contraire, il est aujourd'hui prouvé que Touthmôsis Ier n'était pas son fils. Amenophis Ier régna vingt ans et sept mois, et mourut à une trentaine d'années. Mentionné dans la liste des inspections de Ramsès IX, son sépulcre n'a pas été identifié avec certitude, mais il s'agit selon toute vraisemblance de la tombe répertoriée sous le sigle ANB de Dra Abou-el Naga (Thèbes Ouest). Déclarée par Carter comme étant le tombeau d'Amenophis Ier et d'Ahmès-Néfertari, cette sépulture serait donc le plus ancien hypogée royal de Thèbes. Dans ce cas, le roi fut le premier à séparer la tombe du temple. On découvrit le corps d'Amenophis II dans la cachette de Deir el-Bahari (DB 320) un magnifique masque en cartonnage recouvrait son visage. Cette momie royale est la seule dont on n'ait pas retiré les bandelettes à l'époque moderne. Le pharaon et sa mère Ahmès-Néfertari furent adorés en tant que protecteurs divins de la nécropole thébaine, et traditionnellement vénérés comme les fondateurs de Deir el-Médina.